Baudouin Jurdant, « Vulgarisation scientifique et idéologie », Communications, nº 14, Paris, 1969, p. 150-161.

7 avril 1969
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Extrait :

Du sexe, et de l’expérience de diffusion massive dont il est l’objet, la science peut tirer quelque bénéfice ou enseignement. Elle ne s’en fait pas faute, ayant trouvé son public de non-initiés prêts à la profanation : les profanes. Avides d’un savoir de culture (savoir qui tourne à vide), ces non-initiés se voient offrir, maquillée en quadrichromie, l’aventure de l’esprit humain ; ils se voient conduits au cœur des congrès scientifiques, acculés à l’écoute du jargon scientifique. Au nom des titres de revues telles que le Million, Science et Vie, Toute la science, Tout l’Univers, Vous saurez tout,Je sais tout, Clefs des connaissances, Alpha, Spoutnik, Constellation, Sciences et Avenir, Atomes, etc., sous la garantie de ces promesses, un strip-tease s’annonce, celui de la Nature, se défaisant de l’habit pailleté que lui avaient coupé, dans le tissu des syllabes gréco-latines et des nombres, de pudiques savants. Monteurs de ce spectacle profanatoire, les vulgarisateurs, traducteurs de l’impossible à traduire (la peau ne peut être traduction du vêtement),se font les dispensateurs bien intentionnés d’une culture qui voudrait faire bon marché de l’effort indispensable à son acquisition.
Science sans douleur, telle se propose d’être la vulgarisation scientifique,impliquant du même coup

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